A l’origine

A l’origine il y a le son.

Celui des œuvres de Bach, Schumann, Brahms… entendu tout au long de l’enfance, puis celui des quatre cordes du violon dès l’âge de sept ans, puis celui issu des nouvelles technologies découvert à l’adolescence.
A l’origine il y a le son et le geste. Celui de l’archet qui m’a donné mon sens du phrasé, du bras du chef d’orchestre et plus encore, des mains, du corps tout entier qui façonnent, sculptent la matière sonore, transmettent et fédèrent l’énergie. Et dans l’accomplissement de cette expérience sensible hors norme, il y a l’acte de composer, de donner du sens au son.

Il y a le prodige de l’écriture musicale qui dans le silence de la pensée, de l’imagination mais aussi par sa sophistication technique, modèle le temps, élabore des univers sonores inouïs, développe un langage sans paroles dont la puissance métaphorique déplace, saisit, transperce d’émotion.
Si composer est un art (à mes yeux le plus complexe avec la poésie), écouter est un savoir. Non pas un savoir technique, mais une prédisposition qui permet à l’écoute d’être active, concentrée, en mesure de discerner, de goûter pleinement les dimensions fondamentales de l’œuvre découverte. De ne pas rester « en surface ».
C’est pourquoi à mes activités de compositeur, de chef d’orchestre, de professeur, de directeur musical d’un ensemble j’y ai toujours associé celui de médiateur, convaincu qu’il n’y a pas de territoires réservés à la création musicale, et que tout un chacun est en mesure de se saisir des « clefs d’écoute » qu’on lui tend. La résidence de TM+ à Nanterre depuis plus de 25 ans en est un exemple flagrant.

Aux maîtres du passé inscrits dans l’enfance se sont joints en moi tous ceux qui ont façonné l’extraordinaire aventure musicale du XX° siècle, ce siècle qui a accompli sa révolution copernicienne et dont les différentes avant-gardes nous laissent en héritage un langage musical à la fois renouvelé et enraciné dans l’histoire, des techniques polyphoniques aux outils numériques.
Ce dialogue étroit avec les compositeurs du passé comme du présent, je l’entretiens de manière privilégiée avec de nombreux interprètes et en particulier ceux de TM+ dont le compagnonnage est une dimension essentielle de ma vie musicale