Ombrae

NOTE D’INTENTION

CouvOmbraeL’imagination et l’écriture d’Ombrae ont été nourries par la personnalité du hautboïste Jean-Pierre Arnaud, les « divagations » poétiques, historiques, philosophiques de Pascal Quignard, l’incandescence des fantaisies pour violes composées par Purcell au cours de l’été 1680.

Le compagnonnage que je poursuis avec Jean-Pierre Arnaud depuis plusieurs années m’a permis de mieux comprendre l’essence de son instrument auquel les compositeurs d’aujourd’hui préfèrent généralement la clarinette. Celle-ci, que Schoenberg qualifiait d’instrument de l’avenir, fascine par l’étendue de sa tessiture, la souplesse de son timbre, son incroyable palette dynamique. Sur ces points le hautbois, comme le cor anglais, apparaissent moins performants. Mais la fragilité du roseau (l’anche double) et l’extraordinaire pression qu’il requiert pour mettre en vibration le corps du hautbois confèrent à cet instrument une intensité expressive unique. Prise dans cet apparent paradoxe- une tension maximale pour délivrer un son peu puissant mais très pénétrant- la phrase mélodique du hautbois peut atteindre des vertus quasi métaphysiques: celles de la beauté au bord du gouffre…

Cette vision de l’instrument sert le propos d’Ombrae qui se veut à la fois profondément introspectif et expressif. Mais comment concilier ce désir avec un langage musical construit sur l’héritage des avant-gardes des dernières décennies? A travers un regard sur le Purcell de l’été 1680. Sur sa manière de s’emparer du langage de son temps pour aller au plus profond de lui même et livrer une œuvre à la fois simple et savante, bouleversante. Ombrae est un dialogue avec moi-même, en miroir de la musique de Purcell, à la recherche de l’émotion musicale.

Comme souvent mon titre s’inspire du travail de Pascal Quignard, en l’occurrence « Les ombres errantes ». Je retrouve chez lui cette même interrogation active du passé – à travers ses auteurs et ses maîtres à penser – qui nourrit son imaginaire comme ses réflexions, et donne corps à des ouvrages uniques, inclassables, où le romanesque, l’histoire, la philosophie, la poésie ne font qu’un.

LC

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