L’Ange double

NOTE D’INTENTION

La fragilité du roseau (l’anche double) et l’extraordinaire pression qu’il requiert pour mettre en vibration le corps de l’instrument confèrent au hautbois une intensité expressive unique. Prise dans cet apparent paradoxe- une tension maximale pour délivrer un son peu puissant mais très pénétrant- la phrase mélodique du hautbois peut atteindre des vertus quasi métaphysiques: celles de la beauté au bord du gouffre…

Le titre exprime cette dimension métaphysique de l’instrument et la dualité qui parcourent toute l’œuvre. Cette dualité s’incarne dans des jeux de miroirs avec la première clarinette, au début ombre portée du soliste qui s’émancipe pour dialoguer à part égale et finit par se fondre en lui en un unisson sur une note omniprésente dans l’œuvre, un fa haussé d’un quart de ton, symbole de l’ailleurs. Dualité dans les oppositions d’énergie, les contrastes d’espaces, le conflit souterrain ou en surface de forces contraires.

Dualité par essence de l’instrument soliste confronté à 42 musiciens mais dans de nombreuses déclinaisons.

L’orchestre est ici pensé davantage comme un grand ensemble que comme un petit orchestre.

C’est à dire qu’il n’est pas question de masses, même si la puissance n’est pas exclue, mais de mobilité, de configurations sonores mouvantes, de circulations multiples entre le soliste et les autres musiciens sollicités individuellement comme dans un ensemble de chambre. Le sous-titre de l’œuvre aurait pu être : concerto pour grand ensemble avec hautbois principal. La virtuosité est aussi inscrite dans l’orchestre.

Composée d’un prélude, de trois mouvements et d’une coda enchaînés, la forme est pensée comme une dramaturgie.

L’Ange double est sans doute l’œuvre que j’aurai le plus écrite à la première personne. Il ne s’agit pas pourtant d’une narration. Si récit il y a, c’est celui d’un voyage introspectif, porté par la puissance expressive du hautbois. Et l’auditeur est invité à traverser les paysages sonores et poétiques mis au jour, dans un parcours qui malgré ses méandres ne perd jamais de vue son point d’arrivée. De la gravité vers la douceur, et des ultimes mesures en forme de regard tout à la fois sensible et distancié qui laisse en suspens l’émotion qui m’a habité tout au long de l’écriture de cette œuvre.

L’Ange double est dédié à son créateur, Olivier Doise.

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