Cinq pièces pour Hamlet

NOTE D’INTENTION

Pour pratiquer la réduction nécessaire du texte de William Shakespeare en vue des Cinq pièces pour Hamlet, j’ai rejoint la pensée de Daniel Mesguich qui dans sa conception d’Hamlet (Théâtre Gérard Philippe Saint Denis, 1987), a situé le Spectre comme élément fondateur. Ainsi nous avons décidé, avec Laurent Cuniot, de partir d’un spectre qui serait une image sonore: il est représenté dans la partitition par un tissu vocal tramé par les vox des chanteurs et il vient hanter la pièce. Ce tissu vocal raconte aussi au prince Hamlet des choses qu’il est le seul à entendre ou à comprendre.

Avant de travailler avec Laurent Cuniot je savais déjà, par mon expérience passée, que le compositeur d’opéra détermine dans sa partition la première mise en scène du texte, et j’ai rencontré là un compositeur qui voulait que le texte soit inscrit dans l’écriture musicale. Nous avons décidé ensemble de l’attribution vocale, nous avons choisi les chanteurs et ordonné l’écriture à partir du groupe ainsi constitué.

Pour le rôle d’Hamlet, nous voulions aussi une idée sonore: nous l’avons trouvée quand nous avons compris qu’Hamlet devait avoir une voix de haute-contre. Nous avons vérifié cette idée en imaginant la rencontre Hamlet/Gertrude (scène4): rencontre impossible de la voix de haute-contre avec celle de la soprano colorature. Hamlet pose une infinité de questions mais pour les Cinq pièces, la seule qui reste posée est la première: »Who is there? » (Qui est là?)
Cela veut dire: qui est là physiquement. Mais aussi l’un des problèmes terrifiant d’Hamlet est posé: la question du sujet.

Les Cinq pièces pour Hamlet sont comme une spirale vers la folie, qui est au bout de cette question de savoir: au théâtre qui parle? C’est avec suspicion qu’Hamlet écoute cette voix qui l’amène petit à petit à douter de lui même. L’incertitude folle (scène 5) vient de ce qu’il a entendu le spectre sans en être sûr, ni sans être sûr de ce qu’il a entendu.

Michel Vittoz

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